Le lycéen de 15 ans qui a perdu une main dans l’explosion d’une grenade policière à Lens, le 5 octobre, aurait lui-même ramassé l’objet. Bien qu’il conteste la version des faits présentée par le parquet, selon le procureur de Béthune, les témoignages recueillis convergent largement vers un scénario: après le tir d’une grenade assourdissante par les CRS, l’adolescent l’aurait ramassée avant qu’elle n’explose.
Les faits se sont produits devant le lycée Auguste-Béhal, lors d’une intervention des CRS face à des jets de projectiles. Selon le procureur, la grenade a été tirée à environ 80 mètres, a touché le sol, puis a été saisie par un manifestant. La quasi-totalité des témoins entendus confirmerait cette version, selon le magistrat. Celui-ci estime que le policier ayant lancé l’engin, habilité et agissant sur ordre, a respecté le mode opératoire prévu.
Evan, lui, nie avoir ramassé la grenade et conteste avoir participé à des violences. Son avocate, Me Christine Bouquet-Wattez, remet en cause la présentation des faits et s’étonne que la version policière ait été soutenue publiquement avant que son client ait pu être entendu. La famille a déposé plainte. L’enquête de l’IGPN devra notamment déterminer comment l’explosion s’est produite et si l’adolescent a effectivement saisi l’engin.
Plus de 700 policiers et gendarmes blessés
Ce drame s’inscrit dans une mobilisation lycéenne marquée par de nombreux affrontements. Au 7 octobre, le bilan communiqué par les autorités faisait état de 761 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement, à la mi-septembre. Les mêmes chiffres recensaient 215 élèves blessés et 85 personnels de l’Éducation nationale touchés. Plus de 6 600 personnes avaient été interpellées.
Les dégâts matériels sont également importants. Vingt-quatre lycées auraient été incendiés ou saccagés au point de ne pouvoir rouvrir normalement pendant plusieurs semaines. Des centaines d’autres établissements ont subi des dégradations. Le coût national des destructions était estimé à au moins 30 millions d’euros, tandis que des dizaines de milliers d’élèves risquaient d’être privés de cours en présentiel.
La suspension de la grenade provoque la colère des policiers
Après la mutilation du lycéen, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a suspendu l’emploi des grenades assourdissantes dans le cadre de la mobilisation, dans l’attente des conclusions de l’enquête. Cette décision a suscité l’irritation de policiers qui dénoncent une mesure prise alors que leurs collègues sont eux-mêmes victimes de jets de pierres, de tirs de mortiers et d’agressions physiques.
Plusieurs syndicats estiment que les forces de l’ordre sont trop rapidement mises en cause, sans que les violences commises contre elles bénéficient de la même attention. Ils défendent le maintien de moyens opérationnels permettant de tenir les groupes violents à distance, tout en rappelant que les règles d’emploi des armes doivent être respectées.
Une crise sécuritaire et politique
La mobilisation a également pris une dimension politique. Le gouvernement a promis des réponses aux revendications scolaires, tandis que les oppositions réclament des explications sur les blessures provoquées lors des interventions policières. De nouvelles journées de mobilisation ont été annoncées pour les semaines suivantes.
À Lens, l’enjeu est désormais judiciaire. Les témoignages rapportés par le parquet orientent l’enquête vers l’hypothèse d’une grenade ramassée par un manifestant. Mais Evan conteste cette version. Seules les investigations pourront établir précisément les circonstances de l’explosion et les éventuelles responsabilités. Dans un climat où les policiers blessés, les adolescents mutilés et les établissements dégradés alimentent une crise nationale, leurs conclusions seront déterminantes.