Plus de 900 policiers et gendarmes blessés, des consignes contestées et désormais une plainte contre l’État : la colère des forces de l’ordre monte d’un cran. Le syndicat Alliance Police nationale accuse l’exécutif de mettre ses fonctionnaires en danger, au milieu d’une crise dont ils supportent seuls, sur le terrain, une part croissante du coût humain et politique.
Depuis le début de la mobilisation lycéenne, plus de 900 policiers et gendarmes auraient été blessés, selon les derniers bilans relayés par la presse. Jets de pierres, tirs de mortiers, affrontements et agressions physiques : les fonctionnaires sont envoyés au contact de groupes parfois violents, dans un climat de tension qui ne faiblit pas. Dans le même temps, plusieurs adolescents ont été grièvement blessés lors d’interventions policières, déclenchant des enquêtes et une controverse nationale sur l’usage de la force.
C’est dans ce contexte qu’Alliance Police nationale a annoncé, mercredi 14 octobre, déposer plainte contre l’État pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Le syndicat dénonce des consignes floues, des injonctions contradictoires et un décalage devenu, selon lui, insupportable entre les discours publics et les ordres transmis sur le terrain. Il accuse la hiérarchie de laisser les policiers exposés, sans cadre suffisamment clair ni garanties adaptées à la dangerosité des interventions.
La suspension de la grenade assourdissante après la mutilation d’un lycéen à Lens a encore renforcé ce sentiment d’abandon. Pour Alliance, comment demander aux policiers de contenir des violences tout en leur retirant des moyens de protection, sans leur apporter de réponse opérationnelle cohérente ? Le syndicat estime que l’administration, qui décide des équipements et des consignes, doit aussi assumer ses responsabilités lorsque les agents sont blessés.
Le gouvernement se sert-il des forces de l’ordre comme d’un parapluie contre l’orage ? C’est, en substance, le reproche qui remonte des rangs policiers : les fonctionnaires sont chargés de contenir la colère, de protéger les établissements et de rétablir l’ordre, tandis que l’exécutif tente de limiter les dégâts politiques d’une mobilisation qui le déborde. Et lorsque les interventions tournent mal, ils se retrouvent au cœur des critiques, parfois avant même que les enquêtes aient établi les responsabilités.
Cela ne dispense évidemment pas la police de rendre compte de ses actes : chaque blessure grave doit être examinée et chaque usage de la force justifié. Mais la responsabilité ne peut pas être à sens unique. Les violences contre les agents, leurs conditions d’engagement et la clarté des ordres doivent elles aussi être prises au sérieux.
Protéger la population ne signifie pas sacrifier ceux qui la protègent. Si l’État exige des policiers qu’ils tiennent la ligne, il doit leur donner des consignes cohérentes, des moyens adaptés et une chaîne de commandement assumant ses décisions. Les envoyer en première ligne sans leur garantir ces conditions, puis leur demander d’absorber seuls la tempête, est inacceptable.