Débordés par des groupes de casseurs et de militants violents, parfois contraints d’intervenir en sous-effectif, policiers et gendarmes ont vécu un week-end particulièrement éprouvant. Plus d’un millier de membres des forces de sécurité et de secours ont été blessés, selon un bilan diffusé aujourd’hui. Une nouvelle épreuve pour des fonctionnaires déjà épuisés par plusieurs semaines de violences.
De Paris à Marseille, en passant par Lyon, Bordeaux ou Rennes, les manifestations du week-end des 17 et 18 octobre ont dégénéré en affrontements d’une rare intensité. Jets de projectiles, barricades, incendies, pillages : des groupes mobiles, parmi lesquels des militants radicaux et des casseurs, ont multiplié les points de confrontation, prenant régulièrement les forces de l’ordre à revers.
Samedi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu faisait état de 150 policiers et gendarmes blessés. Le bilan s’est ensuite considérablement alourdi : lundi matin, plus de 500 blessés étaient recensés parmi les policiers, gendarmes et pompiers, sans ventilation précise entre ces différentes professions.
Seuls 10.000 membres des forces de l’ordre étaient mobilisés (90.000 en 2018 pour l’acte IV des Gilets jaunes). Les dispositifs se sont révélés insuffisants dans plusieurs grandes villes. À Paris, des groupes de casseurs ont multiplié les rassemblements spontanés, obligeant les policiers à se disperser sur de nombreux points. Certains équipages se sont retrouvés isolés, parfois à quelques dizaines seulement face à des groupes déterminés.
À Marseille, la mairie a été attaquée. À Limoges, l’hôtel de ville a été incendié. Fait rarissime, à Bordeaux, les affrontements ont nécessité l’engagement des unités spécialisées du RAID. Autant de situations révélant les limites d’un dispositif incapable d’anticiper la multiplication des foyers de violence.
Le problème dépasse les seuls effectifs. Les policiers dénoncent depuis longtemps l’insuffisance des moyens matériels et humains. Le criminologue Alain Bauer rappelle notamment que des agents de police-secours ou de la BAC peuvent être engagés dans des opérations de maintien de l’ordre sans bénéficier de l’expérience et de la formation des unités spécialisées.
La question des moyens de défense demeure également sensible. Après la mutilation d’un lycéen à Lens, la suspension de certaines grenades assourdissantes a suscité des interrogations sur la capacité des agents à maintenir à distance les groupes violents. Leur emploi reste toutefois soumis à des règles strictes, et leur dangerosité fait l’objet d’enquêtes.
La lassitude devient colère pour les policiers et gendarmes. Ce week-end s’ajoute à plusieurs semaines d’interventions éprouvantes. Avant même le 17 octobre, plus de 900 policiers avaient déjà été blessés dans le cadre des mobilisations lycéennes.
La fatigue physique se double désormais d’un sentiment d’abandon : celui d’être envoyés en première ligne pour contenir une crise sociale et politique, sans toujours disposer des renforts, des équipements ou des consignes nécessaires.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a proposé sa démission, refusée par Emmanuel Macron. Mais au-delà des responsabilités politiques, une question demeure : combien de temps les forces de l’ordre pourront-elles supporter cette succession d’affrontements sans une véritable adaptation de leurs moyens et de leurs conditions d’engagement ? Combien d’entre elles baisseront les bras et cesseront de nous défendre face à la racaille?
Plus que jamais, nous devons apporter notre soutien à nos policiers et gendarmes!