La Justice prend de plus en plus de décisions incompréhensibles pour les forces de l’ordre.
Mardi 7 juillet, les policiers interpellent un homme de 28 ans appartenant à la mouvance d’ultragauche. Il projetait, selon les premiers éléments de l’enquête, une attaque terroriste contre les forces de l’ordre. Il est mis en examen. Les faits sont jugés suffisamment graves pour que le Parquet national antiterroriste (PNAT) se saisisse du dossier. Pourtant, le suspect n’est pas placé en détention provisoire: il ressort libre, sous contrôle judiciaire. Le PNAT fait immédiatement appel.
Si même le parquet spécialisé, pourtant très prudent dans ses conclusions, estime cette décision problématique, c’est que les forces de l’ordre couvrent un rée danger.
Depuis des années, policiers et gendarmes encaissent les coups dans les quartiers hors de contrôle. Embuscades, refus d’obtempérer, cocktails Molotov, tirs de mortiers, agressions au couteau : la violence dirigée contre les agents s’est installée dans le paysage français. Ceux qui portent l’uniforme savent qu’ils peuvent partir travailler le matin sans être certains de rentrer le soir.
Dans ce contexte, apprendre qu’un homme soupçonné d’avoir envisagé de s’en prendre aux forces de l’ordre retrouve la liberté a de quoi sidérer.
Bien sûr, la présomption d’innocence est un pilier de notre État de droit. Personne ne la conteste. Mais la détention provisoire n’est pas une peine. C’est une mesure de protection de la société lorsque la gravité des faits et les risques identifiés le justifient. C’est précisément pour cela qu’elle existe.
Cette affaire pose une question simple : quel message est adressé aux policiers et aux gendarmes ? Que leur sécurité passe après une interprétation particulièrement libérale des mesures de sûreté ? Que même lorsqu’un projet présumé les visant fait l’objet d’une enquête du parquet antiterroriste, le placement en détention n’est pas considéré comme indispensable ?
Il ne s’agit pas de réclamer une Justice expéditive ni de condamner un homme avant son procès. Il s’agit de rappeler qu’une démocratie protège aussi ceux qui la protègent.
Les forces de l’ordre ne sont pas des cibles ordinaires. Lorsqu’elles sont visées, c’est l’autorité de l’État qui est attaquée. Un projet de violence contre des policiers ou des gendarmes n’est jamais un simple fait divers : c’est une menace contre les institutions républicaines elles-mêmes.
L’appel du PNAT est donc plus qu’une démarche procédurale. C’est un rappel de ce qui devrait relever de l’évidence : lorsqu’il existe des soupçons suffisamment sérieux pour ouvrir une information judiciaire dans une affaire de cette nature, la prudence devrait prévaloir.
La confiance dans la Justice se construit aussi sur sa capacité à protéger ceux qui risquent leur vie pour faire appliquer la loi. Dans ce dossier, beaucoup auront le sentiment que cette priorité a été reléguée au second plan.
Espérons que la juridiction d’appel rétablira ce qui apparaît, aux yeux de nombreux Français, comme une exigence élémentaire: lorsqu’il est question d’un projet présumé de violence contre les forces de l’ordre, le doute ne doit jamais profiter au risque.