Cocktail Molotov contre un gendarme, 159 blessés en un week-end : les forces de l’ordre à bout de souffle

Un gendarme mobile dont l’équipement s’embrase après un jet de cocktail Molotov, des centaines de fonctionnaires blessés, des incendies et des dégradations: le week-end du 31 octobre a une nouvelle fois mis les forces de l’ordre à rude épreuve. Derrière les chiffres, une exaspération grandissante gagne les rangs policiers et gendarmes, confrontés à une succession d’épisodes de violences.

Samedi soir, porte de Charenton, à Paris, alors que le cortège de la manifestation contre la vie chère vient de se disperser, un groupe hostile prend à partie un escadron de gendarmerie mobile. Un engin incendiaire est lancé en direction des militaires. Il rebondit sur un bouclier, explose au sol et enflamme l’équipement de protection d’un gendarme au niveau de la jambe.

« On a frôlé la catastrophe », racontera le militaire à plusieurs médias. Son équipement commence à brûler. Il est finalement légèrement blessé. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, parle d’une « tentative de meurtre ». Le parquet de Paris ouvre une enquête pour tentative d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Une quinzaine de gendarmes et des policiers auraient été visés par des engins explosifs et incendiaires. Cinq membres des forces de l’ordre, quatre policiers et un gendarme, sont blessés à Paris, dont trois par des cocktails Molotov.

Le bilan national est tout aussi préoccupant. Selon le ministère de l’Intérieur, 116 policiers et gendarmes ont été blessés au cours de la journée du 31 octobre. À cela s’ajoutent 43 membres des forces de l’ordre blessés pendant la soirée d’Halloween. Au total, 159 fonctionnaires ont donc été touchés sur cette séquence.

Les violences ne se sont pas limitées aux affrontements avec les forces de l’ordre. Les pompiers ont dû traiter 515 départs de feu. Trente-six commerces ont été dégradés et trois pillés. Le dispositif national mobilisait pourtant 70 000 policiers et gendarmes, avec des renforts et des rappels de personnels sur leurs congés.

Le phénomène s’inscrit dans une séquence particulièrement éprouvante. Au 29 octobre, le ministère recensait déjà 1 193 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement, le 17 octobre. Certains avaient été hospitalisés, parfois dans un état grave.

Dans les rangs des forces de l’ordre, la répétition des affrontements nourrit un sentiment d’épuisement. Les policiers et gendarmes doivent enchaîner les opérations, les longues amplitudes horaires et les rappels sur les périodes de repos. Ils sont confrontés à des groupes mobiles, parfois lourdement équipés, qui cherchent délibérément l’affrontement et tentent de disperser les dispositifs pour multiplier les exactions.

Les syndicats dénoncent depuis plusieurs semaines la pression exercée sur les effectifs, les difficultés à obtenir des renforts et les conditions d’engagement. Le problème n’est pas seulement numérique : il concerne également les équipements de protection, les moyens de défense et la capacité à intervenir face à des individus qui utilisent des engins incendiaires ou des mortiers d’artifice.

La gendarmerie nationale a publiquement apporté son soutien au militaire blessé, tandis que Laurent Nuñez a condamné des actes qu’il qualifie de violences insurrectionnelles.

Mais les remerciements officiels suffiront-ils à apaiser la colère ? Après plusieurs week-ends de mobilisation, de pillages et d’affrontements, une question revient avec insistance dans les commissariats et les casernes : combien de temps les mêmes unités pourront-elles tenir à ce rythme ? Les forces de l’ordre ne demandent pas à être dispensées de rendre des comptes. Elles réclament aussi de pouvoir exercer leur mission sans être transformées en cibles.